samedi 9 février 2008

Travailler plus pour payer sa voiture

La voiture ? Plus qu'un moyen de transport, un art de vivre...

...au moins d'après les publicitaires.

Tu ne le savais pas encore ? Je te laisse en juger, même si ce morceau de choix ne date pas d'hier :


Mais, dans les faits, il semble que ce soit aussi la conclusion à laquelle arrive ce peuple fier et libre qu'est celui des Etats-Unis. Mieux vaut en effet que leur véhicule leur donne le sourire, lorsqu'ils rejoignent chaque jour leur boulot si épanouissant. Comme le rappelle Benoît Lambert, "L'Américain-type consacre plus de 1500 heures par an à sa voiture: il y est assis, en marche ou à l'arrêt, il travaille pour la payer, pour payer l'essence, les pneus, les péages, l'assurance, les contraventions et les impôts. Il consacre quatre heures par jour à sa voiture, qu'il s'en serve, s'en occupe ou travaille pour elle. Et encore, ici ne sont pas prises en compte toutes ses activités orientées par le transport : le temps passé à l'hôpital, au tribunal ou au garage, le temps passé à regarder à la télévision la publicité automobile" .

Personnellement, j'ajouterais que cette moyenne ne pourra, à données constantes, qu'augmenter. Les français, en occidentaux dignes de ce nom, continuent à acheter plus d'une voiture chacun et à alimenter en conséquence les bouchons aux entrées de ville, bloqués qu'ils sont dans leur pavillon implanté sur un carré de pelouse à 25 km de leur lieu de travail et du plus proche supermarché (dont ils dépendent pour approvisionner leur barbecue en charbon de bois).

Et toi, combien de temps passes-tu "autour" de ta voiture ? Et si la vitesse procurée par ta grosse (ou petite) cylindrée n'était en fait qu'une illusion d'optique ? Oui, oui, tu as bien lu, une ILLUSION... Je m'explique :

Ras la caisse t'invite à remplir ce formulaire (en francs) te permettant de calculer ta vitesse réelle (temps passé en voiture + temps de travail pour payer ton déplacement, le tout divisé par la distance effectivement parcourue).

Tu l'auras compris, deux facteurs jouent ici contre la célérité de ton bolide :

1/ les bouchons (vite, plus d'autoroutes, même si la voiture est condamnée à l'extinction),
2/ la faiblesse de ton salaire horaire, puisque moins tu gagnes, plus il te faut d'heures pour payer ta voiture et les frais annexes (vite, des postes de P-DG, ou de médecin, à tout le moins, pour tout le monde).

La prochaine fois qu'en voiture, tu doubles un vélo, il se peut donc qu'il ne s'agisse que d'une impression... (t'as déjà remarqué comment c'est pas cher la vidange, sur un biclou ?)

Tout ceci pour te dire que si, effectivement, laisser ta voiture au garage (voire la vendre après avoir relocalisé ton habitat en un endroit, certes moins champêtre, mais beaucoup plus fonctionnel pour un piéton que Trifouillis-les-Pavillons-Desservis-par-la-Nationale) permettra aux plus riches (qui ont, eux, un garage grand standing en centre-ville ou en première couronne) d'améliorer l'efficacité réelle de leurs déplacements motorisés, ce n'est pas une raison pour ne pas l'envisager.

Car si les privilèges reprennent aujourd'hui du poil de la bête, garde en tête en ces temps de crise que tout ce qui monte doit nécessairement redescendre un jour, les riches dont le melon ressemble à une montgolfière y compris.

1 commentaire:

Le chat de gouttière de Besançon a dit…

Bonjour!
Petite précision, le texte que vous citez est un texte-clé pour moi, et vous l'attribuez à Benoît Lambert... Il doit probablement citer le texte original qui a été écrit par Ivan Illich, le sociologue aux analyses poussant à la décroissance, et tiré de son ouvrage "La convivialité" que vous connaissez peut-être (ou sûrement) et qui est une véritable bible, un ouvrage de référence... Pour le texte en question, regardez l'avant dernier paragraphe du premier chapitre : "Deux seuils de mutation".
Achetez-le et lisez-le, ça en vaut le peine!
Un grand merci pour tout ce que vous dîtes. Bravo!