Angers, par une initiative aussi imparfaite qu'originale, fut une des rares villes à proposer un
système entièrement gratuit de mise à disposition de bicyclettes.
Jugeant probablement les retombées pratiques insuffisantes au regard de l'enjeu - le centre ville sera très prochainement inaccessible à la circulation automobile mais le vélo n'est pas devenu pour autant le premier mode de déplacement des angevins - la municipalité actuelle - certainement peu satisfaite de l'impact médiatique de l'opération - en une parfaite illustration du consensus apolitique (qu'est-ce que je parle mal, c'est "transcendant les clivages" qu'il faut dire) qui caractérise notre époque, s'entend avec l'opposition pour faire de l'éco-affichage à peu de frais.
Et pour cause, il n'en coûtera au vainqueur des prochaines municipales que ton intégrité, ami cycliste.
Je m'explique.
A moins d'être récemment rentré de tes vacances passées dans une autre galaxie (en vélo, chapeau), tu as nécessairement eu vent de cette réussite interplanétaire que fut l'entrée en service du
Vélib'.
Pour sûr, on a davantage entendu parler en quelques mois des utilisateurs branchés de ce nouveau service que de tous les cyclistes urbains anonymes (et dangereux, et irresponsables, et...) depuis le début du millénaire. Touché par la grâce Delanoienne, la mairie a donc laissé glisser l'idée,
applaudie presque sans condition par l'opposition municipale, de décliner cette fomule à la sauce angevine. Nul doute qu'ainsi la dimension cycliste de la douceur angevine sera bien mieux reconnue. Tant pis si
les jeunes de "I Love Angers" (qui distribuent des tracts pour Béchu sans bien évidemment n'avoir aucun rapport avec l'UNI/UMP, ah, ah, ah) se précipitent à confondre vélo et vélib' et à ne reconnaître qu'à ce dernier la qualité de "mode de déplacement propre et économique".
Un peu léger pour s'énerver me diras-tu.
Pourtant...
Certes, je n'ai pas la prétention de t'apprendre qu'un grand entrepreneur français se trouve derrière la mise en service des vélib' parisiens. Je ne t'apprendrai pas non plus qu'il a fait - grassement - fortune grâce à la publicité.
Sais-tu en revanche comment s'est faite cette fortune ?
Pour faire simple, une collectivité publique possède son espace public (la rue, les équipements collectifs...) et en réglemente l'usage. Toute "occupation" de cet espace doit satisfaire certaines exigences, et notamment donner lieu au paiement d'un droit d'occupation. Decaux fut un des pionniers de l'affichage publicitaire et conçut un modèle dont le succès ne s'est pas démenti depuis. En fait, les villes ont cru faire une bonne affaire en obtenant de ce grand philanthrope l'implantation d'abribus et de plans de ville, en l'échange de notre liberté visuelle (désolé, j'aime pas plus la pub que toutes les autres formes de manipulation mentale) puisque celui-ci encaisse les sommes versées par les annonceurs pour placarder leurs réclames de mauvais goût un peu partout sur notre passage.
Au fil d'une extension constante de ce modèle, de montages contractuels douteux et de péripéties judiciaires s'étalant sur des années, nous en sommes parvenus à la situation qui prévalait jusqu'à peu : les communes, habituées à accepter la pollution publicitaire en échange de l'installation et de l'entretien d'un mobilier urbain souvent luxueux et parfois inutile, sont devenues de fait le premier appui des publicitaires dans l'espace public.

Non contents de nous vendre leurs gros cubes à longueur d'années, ils voudraient en prime que la petite reine vienne ajouter sa caution !
Sous prétexte de balancer 2000 enclumes pour bobos qui n'auraient jamais envisagé de mettre leurs fesses sur un vélo sans le buzz médiatique qui va autour, ils ne proposent rien de moins que d'amener nos esprits à associer ce fantastique moyen de transport qu'est la bicyclette à la pub, histoire d'enraciner celle-ci encore plus profondément...
Perso, ça ne me convient pas comme deal, et n'y vois pas une réaction provinciale, s'il-te-plaît, c'est simplement que j'accorde un peu de valeur à ce qui se passe entre mes deux oreilles (et aussi un peu à ce qui se passe entre les tiennes).